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La station d’Avoriaz, d’une capacité de 18 000 lits touristiques, fut réalisée en plus de trente années. Elle est aménagée sur l’alpage communal d’Avoriaz, dominé au sud par les pentes des Haut-Forts (2466 m d’altitude) et ouvert à l’ouest sur le panorama du Roc d’Enfer.

Le projet naît dans les années 50 lorsque Morzine, dont le domaine skiable était devenu trop limité, cherchait à l’étendre. En 1960, le skieur Jean Vuarnet, né en 1933 à Morzine et champion olympique à Squaw- Valley en février 1960, trace les pistes de ski de la nouvelle station qu’il imagine sans voiture. Il exploite les pentes des Haut-Forts qui s’inclinent sur le plateau d’Avoriaz situé à 1800 m, vaste balcon dominant la vallée des Ardoisières et de Morzine, par une falaise de 700 m. Il pense d’emblée à relier le versant suisse déjà équipé par la station de Champéry, devenu en 1964 le domaine des « Portes du Soleil », premier domaine skiable transfrontalier.

Il engage la construction du téléphérique des Prodains qui permettra de relier la vallée de Morzine à la station nouvelle et les premières infrastructures pour skieurs. En 1962, l’aménagement des terrains communaux et l’équipement du domaine skiable sont concédés à un jeune promoteur immobilier, Gérard Brémond, né en 1937, qui développe son projet suivant le concept de station intégrée.

Il fait appel à une équipe de jeunes architectes urbanistes, Jacques Labro et Jean-Jacques Orzoni, tous deux nés en 1935, assistés de Jean-Marc Roques, d’un an plus jeune, en début d’opération.

Ils recherchent une intégration de l’architecture au site avec l’implantation des résidences en fonction du soleil, des vues et des pratiques sportives, un choix de matériaux harmonisés au paysage, et une intégration de la pratique du ski dans la station. Ils jettent les bases d’une architecture organique qui réconcilie architecture et nature, en travaillant à partir de leurs fondements naturels, le roc, le bois, la neige, la pente.

Le plan de masse du lotissement d’Avoriaz est approuvé en 1965. La station a valeur de manifeste par le retentissement et la médiatisation rencontrés dès l’ouverture en 1966 de l’hôtel des Dromonts, conforté par l’attribution en 1968 du Prix de l’Équerre d’Argent pour cet hôtel, puis par l’animation culturelle et sportive sans cesse renouvelée : déplacements en traîneaux tirés par des rennes, parcours publics protégés avec des galeries couvertes et des ascenseurs panoramiques incorporés aux programmes immobiliers.

La cohérence architecturale et urbaine que les architectes et le maître d’ouvrage ont su installer et préserver sur plus de trente années de construction de la station place Avoriaz parmi les monuments majeurs du patrimoine édifié en montagne dans la seconde moitié du 20e siècle.

Création reconnue en 2003 par le Ministère de la Culture qui attribue le label XXe siècle au plan d’urbanisme de la station et aux principaux édifices des quartiers des Dromonts et de la Falaise. De même la présentation en maquette de la station d’Avoriaz et de l’hôtel des Dromonts à la Cité de l’architecture et du patrimoine au Palais de Chaillot à Paris depuis l’automne 2007 place le travail des architectes parmi les plus grandes créations contemporaines.
Principes de composition de la station
Le plan directeur de la station, dessiné en 1964 par J. Labro et l’ AAA, s’appuie sur une mise en valeur de la topographie particulière du site, tout en tenant compte des infrastructures déjà réalisées.

L’accès au site sera double. Au sud, sur le rebord de la falaise, c’est l’arrivée par le téléphérique déjà en service qui dessert le domaine skiable à l’ubac des Hauts-Forts et la partie inférieure de la station. Au nord, c’est l’arrivée par la route avec des parkings placés d’abord aux limites de la station, avant d’être aménagés plus loin, avec une gare routière installée sur le plateau, garantissant en période hivernale une « station sans voiture », malgré les voiries déjà tracées.

Sur le plateau d’alpage incliné vers l’adret, la priorité des aménagements est donnée au ski par le tracé de pistes qui irriguent chacune des « unités paysagères » qui partageront la station en quartiers.
Un aménagement en quartiers
Le centre du plateau, les Mouilles, est laissé aux parcours des skieurs et aux activités sportives et récréatives. Les urbanisations principales sont reportées sur les secteurs des Crêtes et des Crozats au piedmont de la montagne des Intrets avec des résidences collectives, des hôtels, des commerces et des équipements de loisirs. Autour de la butte des Dromonts, sur les pentes ensoleillées faisant face aux Hauts-Forts, il est prévu un quartier moins dense, composé de chalets, d’hôtels et de résidences, où l’architecture compose avec les pentes escarpées.

Sur le rebord de la Falaise, le quartier est de dimension plus modeste que le secteur du Plateau à l’entrée haute de la station, tous deux à vocation de chalets, de résidences collectives et d’hôtels. Enfin le secteur des Alpages, au contact des anciennes maisons d’alpage, est pensé comme le centre sportif de la station et lieu de rassemblement.

L’aménagement débute par le quartier des Dromonts, seul secteur où le projet est détaillé avec alternance d’immeubles tours pyramides, disposés dans les parties plus élevées du terrain pour former des repères et des bornes dans la station, et d’ immeubles linéaires traités aussi en immeubles pyramides.Les chalets, sont prévus en contrebas, sur les rebords de la butte.